J'ai mis les pieds au Brésil et je n'ai plus voulu repartir.
Nous sommes arrivées à Rio un soir de septembre, sous un ciel presque trop orange pour être réel. La ville m'a sauté dessus avant même que je sorte de l'aéroport : les klaxons, les vendeurs de jus de coco, l'air chaud qui colle à la peau dès le premier pas dehors. J'avais réservé un petit hôtel à Santa Teresa, le quartier en hauteur, et la vue depuis ma chambre donnait directement sur les tuiles orange des toits qui dégringolent vers la baie. Yuuki a sauté sur le rebord de la fenêtre et n'en a plus bougé pendant une heure.
Le lendemain, j'ai voulu prendre le bus local pour aller à Ipanema. Mauvaise idée. Je me suis retrouvée dans le mauvais sens, direction le port, sous un soleil de plomb, avec Yuuki dans son sac qui me fixait d'un œil accusateur. J'ai finalement demandé mon chemin à une dame qui vendait des acarajés au coin d'une rue : elle m'a répondu en chantant presque, avec ce portugais brésilien qui roule et rebondit, et m'a glissé une boulette chaude dans la main avant que je reparte. Des beignets de haricots noirs frits dans l'huile, fourrés de crevettes séchées et de vatapá, une pâte épicée à base de pain et de cacahuètes. Ce goût épicé était absolument parfait!
Le Salvador m'a vraiment retournée. Les façades du Pelourinho changeaient de couleur selon la lumière du jour, du jaune citron au rose poudré, et les musiciens installés en bas des escaliers jouaient du candomblé sans se soucier de personne. J'ai compris ce soir-là que le Brésil est une destination unique.
le Brésil
Le Brésil vu d'en haut
Ce matin-là, le Christ était dans les nuages. Pas de panorama, pas de carte postale. On ne distinguait même plus ses bras, juste une silhouette pâle qui flottait au-dessus de nous. Yuuki s'est installé sur la rambarde et a fixé le vide avec l'air de quelqu'un qui comprend tout. Je crois qu'il méditait, ou qu'il guettait un oiseau, je n'ai jamais su. Le silence là-haut était tellement rare à Rio que j'en ai eu des frissons. Moi, j'ai juste profité du moment, sans rien photographier.
Au rythme du fleuve
La pirogue avançait lentement et la jungle refermait ses bras de chaque côté. Pas un bruit de moteur, pas de réseau. Yuuki était à l'avant, les oreilles dressées, à l'affût de quelque chose que je n'entendais pas. Yuuki a failli faire chavirer la pirogue en voyant un lézard nager, pensant qu'il s'agissait d'un crocodile.
Chaque fil a son histoire
Les dentellières de Fortaleza travaillent à l'ombre, les doigts rapides sur des fuseaux en bois. J'ai tenu une pièce terminée à bout de bras, des heures de travail dans quelques centimètres de fil. Yuuki a voulu y mettre la patte. Je l'en ai empêché de justesse.
Imperdíveis ♡


