La France vue autrement, enfin.
J'ai posé mon sac à Paris un mardi matin et j'ai su, dès le premier café avalé debout au comptoir, que ce voyage allait me surprendre. Pas par les monuments, que je m'attendais à trouver exactement là où ils étaient, mais par tout ce qui existe entre eux. Les ruelles qui sentent la pierre mouillée après la pluie, les coins de rue où une odeur de pain chaud surgit sans prévenir, ou encore les cours intérieures aperçues entre deux immeubles haussmanniens.
Le Sud m'a donné un coup de théâtre que je n'avais pas prévu. Entre Bordeaux et la Provence, j'avais prévu deux jours. J'en ai pris quatre. La lumière change complètement dès qu'on dépasse Lyon, plus dorée, presque épaisse, et Yuuki s'est installé sur le rebord de la fenêtre du train sans bouger pendant deux heures, fasciné par les champs qui défilaient. J'ai compris à ce moment-là pourquoi tant de peintres sont venus finir leur vie ici.
J'avais placé la Normandie en dernier, à tort. Je m'y attendais moins, et c'est peut-être pour ça que les falaises d'Étretat m'ont coupé le souffle comme peu de choses l'avaient fait sur ce voyage ! Le vent était assez fort pour emporter mon plan papier, Yuuki a regardé les mouettes avec une concentration inquiétante, et j'ai mangé les meilleures moules de ma vie dans un restaurant sans carte plastifiée ni menu en photo. En France, les meilleures adresses n'ont pas de panneau.
Mes merveilleux souvenirs
Le train de nuit
Yuuki a occupé la couchette du bas dès la montée dans le train, et il n'a pas bougé d'un millimètre de toute la nuit. J'ai négocié, supplié, tenté le regard sévère. Rien. À l'arrivée en gare de Lyon à six heures du matin, il s'est étiré avec une satisfaction visible pendant que je descendais mes bagages avec le dos d'une personne qui a dormi sur la couchette du haut. Il avait gagné, et il le savait !
Perdus à Sarlat
Je me suis trompée de ruelle quatre fois de suite sous la pluie, avec mon plan papier qui se désintégrait entre les mains. À un moment, un groupe de touristes m'a suivie, persuadé que je savais où j'allais. Je les ai menés droit vers une impasse ! J'ai assumé, j'ai souri, j'ai pris une photo de la ruelle en question. Yuuki, lui, avait trouvé un porche sec depuis le début et nous observait tous avec une patience condescendante.
Yuuki et la raclette
La raclette savoyarde mérite qu'on lui consacre du temps, de l'attention et une ceinture extensible. Fromage fondu, pommes de terre, charcuterie, ordre précis des couches. Yuuki a regardé mon assiette, puis la sienne, puis à nouveau la mienne, avec l'expression de quelqu'un qui recalcule mentalement ses espoirs de vie. Le propriétaire du chalet lui a glissé un bout de jambon sous la table. Yuuki l'a accepté sans me regarder, comme si je n'existais plus !
À faire absolument ♡


