J'ai tout lâché pour des cerisiers.
Le shinkansen venait à peine de s'arrêter que Yuuki avait déjà sorti la tête de son sac de transport pour renifler l'air de Tokyo. Honnêtement, je le comprends. Il y a quelque chose d'électrique dans cette ville, une énergie qu'on n'arrive pas vraiment à expliquer, qu'on reçoit juste, d'un coup, dès le premier pas sur le quai. J'ai laissé mon sac à l'hôtel en cinq minutes chrono et je suis partie vers Asakusa avant même d'avoir défait ma valise. La lanterne rouge du Kaminarimon était là, immense, exactement comme je l'avais imaginée, et pourtant rien ne m'avait préparée à la voir d'aussi près. Le bois laqué sentait l'encens mêlé à la pluie de la veille.
La vraie surprise, c'est Nara. Je vous jure, je pensais que les daims étaient un peu surestimés sur les photos. Pas pantoute. Un d'eux a glissé sa tête dans ma sacoche pendant que je cherchais mon appareil photo, et il est reparti avec mon calepin serré entre les dents. J'ai couru après lui pendant trois minutes sous les regards amusés de tout le monde. Yuuki, lui, n'a pas bougé d'un poil de son sac, les yeux ronds, trop orgueilleux pour admettre qu'il était impressionné. Vaut mieux ne pas laisser ses affaires dans une poche ouverte par ici.
Le dernier soir, j'ai soupé dans un ryokan à Hakone, en yukata, devant un plateau de kaiseki que je n'osais presque pas toucher tellement c'était beau. Yuuki s'est installé en face de moi sur le tatami, droit comme un piquet, et il a fixé ma soupe miso avec une intensité qui m'a franchement fait me sentir coupable. La vapeur du bain thermal montait encore sur mes bras, les cerisiers dehors perdaient leurs derniers pétales dans le noir, et j'ai réalisé que j'avais passé toute la semaine à courir, sans jamais vraiment avoir l'impression de manquer quelque chose. C'est peut-être ça, le Japon au printemps : tout arrive exactement au bon moment, même les daims voleurs de calepins.
Mon Japon à moi!
La leçon du matcha
Je pensais que la cérémonie du thé serait un moment calme et solennel. C'était calme, oui. Solennel, beaucoup moins, parce que Yuuki a décidé de renifler le bol de matcha de la maîtresse de cérémonie avec une insistance remarquable. Elle n'a même pas sourcillé. Moi, j'ai failli tout renverser en retenant mon fou rire. Le thé avait un goût légèrement amer, presque terreux, et c'était... pas mal différent de ce que je bois d'habitude! Mais je l'ai bu jusqu'à la dernière gorgée, en saluant bien poliment.
Yuuki chez lui
Sincèrement, je ne suis pas sûre d'être la vedette de cette boutique d'Akihabara. Yuuki s'est installé sur une tablette entre deux toutous géants avec une telle assurance que trois clients ont demandé s'il était à vendre. Il a regardé chacun d'eux avec ce mélange de mépris poli et de curiosité retenue qu'il réserve aux moments où il se sait admiré. J'ai trouvé une figurine parfaite pour ma tablette, et lui a trouvé son public! Pour le faire descendre, par contre, ça m'a pris dix bonnes minutes.
Kyoto d'en haut
Vous ne croirez jamais à quel point la ville paraît différente depuis la scène en bois de Kiyomizu-dera. En bas, on court, on cherche, on regarde son cellulaire. Là-haut, on pose les mains sur le bois ancien, on regarde la forêt descendre vers les toits, et quelque chose se replace à l'intérieur, sans qu'on sache vraiment quoi. Yuuki avait la queue qui se balançait lentement, les yeux mi-clos. Pour une fois, on était exactement au même endroit, lui et moi, sans aucune envie de redescendre.
À faire absolument ♡


